Notre Dame

Un bien commun et un pas de clerc

 

Comme le nom l’indique elle est nôtre, nous nous la sommes appropriée. Depuis lundi soir elle nous appartient davantage, à plusieurs titres et pour différentes raisons.

Les premiers commentaires qui furent donnés du sinistre par de jeunes journalistes ne mirent l’accent que sur l’importance patrimoniale et touristique de l’édifice. Et s’ils ne furent les premiers, ils s’en détachèrent suffisamment par leur manque d’à propos et leur impertinence. Peut-être fallait-il mettre ce remplissage audiovisuel sous le compte de l’émotion ? Celle-ci eut plus que son saoul d’images et de témoignages par la suite.

A notre époque ça commence et ça finit toujours par de la comptabilité. Qu’est ce qu’on perd, puis qui donne quoi et de quelle façon ostentatoire ? C’est pourtant bien de ça qu’il s’agit aussi : de la destruction du temple et des marchands du temple, catastrophe immédiate qui pourrait nous inciter à prendre une part plus grande dans l’œuvre de salut. Celui-ci ne nous sera pas octroyé par des intermédiaires. On le savait déjà, mais pas suffisamment sans doute.

Le génie du christianisme

Un des grands symboles de la catholicité est parti en fumée. Le visible a poursuivi son destin dans l’invisible. Catholicité qui signifie universalité. De celle-ci témoigne l’affluence des hommages et des condoléances. Son expansion historique a correspondu à la nécessité du message chrétien dans la mesure où celui-ci a offert à tous les hommes c’est-à-dire à chacun d’entre eux, une voie de réalisation. Que cela se soit inévitablement accompagné d’une organisation confessionnelle un peu rigide et des dérives d’une cléricature parfois douteuse dans ses motivations est un autre problème que les incendies récents, ceux des édifices comme ceux des congrégations atteintes par des pratiques délictueuses, sont en train de résoudre.

Cette voie chrétienne qui ne se confond pas avec ses vecteurs temporels est certes difficile, elle n’est pas exactement la voie du milieu des taoïstes pas plus qu’elle ne doit être confondue avec la voie extrême des mystiques à l’ancienne qui conscients de leur honte ou de leur dette s’abimaient devant le divin. C’est une voie qui conjugue l’humanisme avec la modestie de reconnaître qu’il existe des facteurs transcendants, une véritable conjonction des opposés donc pour parler la langue des philosophes traditionnels alchimistes. 

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Gilets jaunes et théorie psychologique

 Microcosme et macrocosme 

Dans le troisième billet provoqué par la crise dite des gilets jaunes, j’ai évoqué la possibilité de donner à leur lieu d’exercice initial une signification symbolique. Une telle lecture pourrait éclairer les ronds-points d’une autre lueur que celles de la contestation et des embouteillages qu’ils ont provoqués et mettre un accent différent sur les maladroites et triviales expressions de la fraternité qui se donnaient cours sur les terre-pleins.

Supposons donc que le même battement anime le cœur des individus qui composent une société, que les archétypes1 s’activent pour compenser une situation devenue peu tenable, que ce que l’on remarque au niveau individuel, lorsque nous recevons nos patients et méditons avec eux leurs productions oniriques dans la quiétude de nos cabinets de consultation, s’exprime aussi dans les événements dont les médias nous abreuvent, ou que nous pouvons observer par nous-mêmes sans leur filtre grossissant. 

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Psychologie analytique et disruption

Devoir de vacances :  s’intéresser davantage à ce que nous disent les sociologues et les philosophes . On parle aujourd’hui de  disruption . De quoi s’agit il ?  Le terme « disruptif » selon le dictionnaire de l’Académie française, dérive du latin disrumpere, «briser en morceaux, faire éclater». Et dans le langage des entreprises du numérique, les GAFA et autres applications comme Uber,  «l’innovation disruptive», c’est l’innovation de rupture, celle qui bouscule les positions établies, court-circuite les règles du jeu, et ,ou, impose un changement de paradigme.

Bernard Stiegler,  fondateur du groupe de réflexion philosophique Ars industrialis tire la sonnette d’alarme : « Avec la réticulation par les algorithmes, dit il, on assiste à une accélération inouïe de l’innovation….mais à présent la technique réticulaire court-circuite tout ce qui contribue à l’élaboration de la civilisation… (et vient liquider l’état de droit  en tant qu’état délibératif  fondé sur des légitimités réfléchies)». 1 Cette fuite en avant technologique produit  ajoute t’il  une perte de repères et une désespérance. Nous sommes dans un dispositif qui fait que tout bouge en permanence, que plus rien n’est stable.  Exagère t’il ?

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Les énergies du mal (2015)

Les énergies du mal de Bertrand de la VaissièreEditions du Dauphin, Paru le 7 janvier 2016 - Essai (broché).
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On s’intéressera à ces énergies de l’âme et à leur difficile mais indispensable métabolisation au cours de certaines phases du travail thérapeutique.

La question du mal sera abordée selon les axes suivants
Comment domestiquer la puissance ? C’est la question de la démesure, de l’affirmation individuelle
Quel est le statut de l’autre ?  C’est l’Eros dans son rapport avec le Logos
Comment ne pas être possédé par l’imaginaire ? C’est celle de notre positionnement face aux influences archétypique.
Que faire avec la matière et le corps ?  Et là il s’agit de sentir et d’accompagner un rééquilibrage archétypique.


Que faire des traditions ?

Si le mal ne correspondait qu’à notre ombre personnelle comme pourrait le prétendre une psychanalyse qui assimilerait cette ombre au chapitre oublié de notre histoire, ou comme voudrait l’enseigner une philosophie  qui en attribuerait toute la responsabilité à l’homme, la possibilité pourrait être admise d’en venir à bout par les moyens courants et selon les ressources de la conscience, de l’intelligence et de la volonté. Une telle orientation,  si elle est  incontestablement un facteur de progrès moral n épuise pourtant  pas toutes les questions.

Dans la mesure ou l’homme ne peut pas être tenu pour  responsable de sa finitude et de son imperfection*  on ne peut que douter  de son entière  responsabilité et ne pas surestimer ses capacités  à éviter le mal en s’appuyant sur ses seules ressources. Selon la tradition l’accès à des ressources transcendantes l’y aiderait. Or le désir du bien comme l’aspiration par le mal sont transcendants.

* Cf Kant 
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Le travail des rêves en psychothérapie analytique jungienne (2013)

Le travail des rêves en psychothérapie analytique jungienne
Editions du Dauphin *,
Paris, Février 2013, 320 pages.
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Le processus alchimique

Cet opus n’est en aucun cas un nième livre d’interprétation des songes susceptible de donner des clefs à ceux qui seraient soucieux d’exploiter hâtivement leurs productions oniriques. Son ambition est très différente. L’ouvrage dont le sous-titre provocateur est Clinique alchimique s’efforce plutôt de témoigner du dynamisme et de la créativité de l’inconscient lorsqu’on se relie consciemment et scrupuleusement au processus qu’il déroule et qu’il impulse. Ce processus éclairé par Jung dans ses nombreux commentaires de la tradition hermétique était autrefois illustré par la figure de l’ouroboros, serpent qui se dévore et renaît de lui-même.

Les rêves sont aussi la trace visible des opérations de destructions créatrices et de restructurations qui se déroulent en nous. Et très concrètement, lorsqu’on examine une suite de rêves sur une longue durée on constate un progrès vers un but.

Le cadre thérapeutique et les conditions d’efficacité

Pour être profitable ce processus de la nature impose toutefois que nous consentions à nous laisser travailler par l’inconscient. L’interprétation n’exclura donc pas la contemplation méditative ou la « manducation » des images. Celles-ci on le sait, loin d’être une fumée évanescente, nous affectent au plus haut point. Et on peut souvent avoir l’impression que c’est l’inconscient lui-même qui nous analyse et nous opère.

Autant le dire tout de suite, pour bénéficier pleinement de ce travail naturel, c’est-à-dire pour vivre une transformation intérieure décisive, il est indispensable de s’inscrire dans un cadre. Il faut rentrer dans l’athanor de la relation avec un autre, témoin, thérapeute ou aîné qui peut nous « vérifier ». Livrés à nous-mêmes nous aurons tendance le plus souvent à réduire la richesse des rêves à ce que nous savons déjà, ou à concocter des explications pseudo rationnelles comme celle qui consiste à dire qu’on a rêvé de untel parce qu’il nous a téléphoné la veille. La transformation exige aussi, notamment, que nous procédions, à partir des informations nocturnes, à une série de constats (plus ou moins agréables) et à une réintégration progressive de tous les constituants virtuels de la personnalité, quels qu’ils soient. Bref que nous lâchions une certaine idée de nous-mêmes.

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Clinique alchimique. Le désir d‘individuation (2010)

L’ouvrage s'efforce de souligner l'intérêt d'une véritable psychologie de l'inconscient, en tant que prolongement naturel d'une psychothérapie relationnelle et, ou, d’une psychanalyse classique.Le désir d‘individuation Il s'efforce de démontrer l'intérêt clinique de la psychologie alchimique, à différents moments du travail analytique et de donner des précisions sur l'état d'esprit alchimique qui peut animer le thérapeute. De nombreuses illustrations cliniques sont données de cette psychologie, de ses symboles et de ses dynamiques. En précisant leur mode d’apparition, leur fonctionnalité et leur opportunité thérapeutique et en soulignant aussi leur efficacité énergétique.
L’ouvrage prend notamment appui sur les grands ouvrages de Jung que sont
Psychologie et Alchimie; Mysterium Conjunctionis, et la Psychologie du Transfert Il contient aussi des développements concernant la place de la sexualité en psychologie analytique et quelques aspects qui préfigurent un futur ouvrage sur la question très énergétique du mal.

Une première question se pose : Pourquoi l’alchimie ? Qu’est que cette vieille science ou plutôt cet art si étrange pourrait nous apprendre ? La perplexité qui a saisi certains des proches de Jung lorsque il s’est engagé dans l’étude des textes anciens n’a d’égale que l’indifférence actuelle dans laquelle on tient trop souvent ce versant de la psychologie analytique quand d’ailleurs ce n’est pas la psychologie analytique dans son ensemble. Bien sûr le public initié, c’est à dire ceux qui ont plongé dans l’œuvre de Jung et de ses continuateurs, est au moins averti de l‘opportunité de l’inflexion nette de la démarche du fondateur de la psychologie analytique à partir du milieu de sa vie. La publication de ses recherches dans ses grands livres sur l’alchimie, les séminaires de Marie Louise von Franz, les évocations courageuses et passionnées de Etienne Perrot, les travaux de James Hilman, les commentaires effectués dans les Cahiers de psychanalyse jungienne, tous dans des genres très différents nourrissent le corpus et enrichissent la réflexion. Cet ouvrage, qui n’aurait pu être écrit sans les repérages phénoménologiques et les travaux herméneutiques précités, voudrait s’adresser à un public plus large que celui des spécialistes, et témoigner auprès de tous ceux qui de près ou de loin sont concernés par la psychothérapie de l’importance clinique de la connaissance de la philosophie et de la symbolique alchimique.

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Introduction à une clinique alchimique (2006)

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ans l’épilogue de Psychologie et Alchimie Jung nous rappelle (et nous répète après bien d’autres, cf Évangile de Jean) que se cherche en l’homme une conscience plus haute :
« en prenant comme base la psyché [...] nous entrevoyons la psyché humaine sous jacente qui, au contraire de la conscience, se transforme à peine au cours des siècles, et où une vérité vieille de deux mille ans est encore la vérité d’aujourd’hui vivante et active.
Nous y trouvons aussi ces faits psychiques fondamentaux, qui sont restés les mêmes depuis des millénaires, et qui seront encore les mêmes dans des millénaires. Vus sous cet angle, les temps modernes apparaissent comme des épisodes d’un drame qui commença dans les temps les plus reculés et qui s'étend par-delà les siècles juque dans un futur éloigné. Ce drame est une Aurora consurgens- la naissance de la conscience dans l’humanité »1.

La voie de l’individuation pourrait elle alors se définir comme une participation à l’incarnation de cette conscience ?

Notre intérêt pour la philosophie alchimique provient de ce qu’elle décrit, sous une forme projetée, ce qui se cherchait:
« Le processus alchimique était essentiellement une exploration chimique, à laquelle se mêlaient, par voie de projection, des contenus psychiques inconscients [...]. Du fait du caractère impersonnel, purement objectif, de la matière, ce sont les archétypes, impersonnels et collectifs, qui sont projetés; en premier lieu [...] c’est l’image de l’esprit prisonnier dans les ténèbres du monde -ou, en d’autres termes, le besoin de rédemption, condition de relative inconscience ressentie comme pénible- que l’homme reconnaît dans le miroir de la matière [...]. »2

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De l’intérêt et des ambiguïtés de la psychopathologie (2004)

Psychopathologie et psychogenèsePour les psychothérapeutes, obligation est énoncée par le nouvel article de loi de suivre une formation théorique et pratique en psychopathologie clinique. Un décret en conseil d’État précisera les modalités d’application de l’article et les conditions de formation théoriques et pratiques. Cela pose plusieurs questions :
D’abord la psychopathologie c’est quoi ? Est-ce tout, ou seulement partie, d’un ensemble qui comprend : une nosographie, (par exemple le DSM), des théories du développement dit normal, complémentaires ou parfois concurrentes, un répertoire clinique assez vaste qui valide ou non ces théories.
Ensuite, est-il envisageable, en l’état actuel des moyens et des structures, de mettre sur pied des formations pratiques en psychopathologie clinique pour tous les psychothérapeutes concernés? Quels sont les lieux où elles pourraient être dispensées ? Enfin, mais ce point mérite plus qu’un survol, à quoi sert une bonne connaissance en psychopathologie clinique en psychothérapie?

Psychopathologie et psychogenèse.

Afin de définir une psychopathologie clinique qui puisse faire partie du tronc commun de la psychothérapie, doit on s’inspirer du DSM, qui, on le sait, est une classification et un essai de dépassement des multiples langues vernaculaires chères aux écoles et mouvances psychologiques ? DSM qui, pour des raisons avouables, a préféré l’empirisme et ne pas trop tenir compte de tout un patrimoine : celui de la tradition psycho-dynamique et développementale, en bref de la théorie psychanalytique et de ses dérivés. Sa limite est connue. S’il permet de faire un diagnostic, le DSM n’est d’aucun secours quand il s’agit de comprendre l’étiologie et la fonction psychique d’une pathologie. Or il s’agit précisément de cela en psychothérapie.L’American Psychiatric Association a beau affirmer qu’aucun des troubles mentaux contenus dans le DSM, à l’exception des troubles mentaux organiques, n’a d’étiologie établie avec certitude (et on peut supposer que l’APA s’appuie sur des statistiques et un ensemble d’opinions suffisamment nombreuses de personnes qualifiées), nous devons nous interroger. Est il possible de se passer des hypothèses des différentes théories du développement, quant bien même certains de leurs aspects peuvent paraître contestables, pour entendre, accueillir, sinon comprendre nos patients, et pour favoriser leur guérison ou leur cheminement vers une entiereté en les accompagnant de manière économique.

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