Dialogue avec Rachel avant son intervention au colloque de Bayonne (Pentecôte 2026)
L’IA est une banque de données, l’état de toutes les connaissances et un cerveau très puissant qui peut faire toutes les connections possibles et imaginables donc construire des raisonnements et tirer des déductions ultra rapides qui pourraient évoquer une bonne fonction intuition, disons plutôt la singer, car si j’ai bien compris l’intuition est capable de voir dans l’inconnu et l’invisible, ce qu’une IA par définition programmée par l’homme en l’état de ses connaissances ne peut pas faire.
La force de l’IA c’est la fonction pensée. Mais une pensée qui ne s’adosse pas à la sensation ou à l’intuition. Et qui ne peut pas non plus se mêler à une fonction sentiment inférieure.
L’IA ne saura jamais apprécier le vin à ma place.
Mais je ne doute pas que dans les modes conversationnels l’IA puisse singer une fonction sentiment. Avec des réactions empathiques conventionnelles. A la limite en psychothérapie l’IA peut faire de la PNL. Ce n’est pas très gentil pour les thérapeutes qui la pratiquent.
Elle pourrait aussi constituer une aide au diagnostic à partir du moment où on lui fournirait les éléments historiques recueillis, les symptômes repérés et le contexte.
Elle ferait du DSM. Mais dans notre job d’analyste tout cela ne suffit pas évidemment.
J’aurais tendance à penser que l’IA a moins de génie que l’inconscient onirique qui lui connaît le passé, le présent et le futur.
Page 4 « Que se passe t’il lorsque des systèmes techniques commencent à percevoir une part de cette demande intérieure ? »
Je dirais plutôt qu’ils la réduisent aux conventions, modes et espérances de l’égo non vraiment relié à une intériorité sauf éventuellement par le canal d’une tradition plus ou moins connue. Ils peuvent évidemment stimuler des fantasmes ou produire des images symboliques générales. Mais ils ne remplaceront pas il me semble la fonction compensatrice de l’inconscient.
Page 5 « Qu’attendons nous ?…Une présence ? »
Bref on projette sur L’IA le sage, l’ami ou l’ange gardien. Mais vous posez bien la question : Qu’est ce qui donne à une parole sa densité humaine ? J’aurais tendance à répondre : le corps.
Page 7 « La machine commence pour certains à prendre la place d’un interlocuteur »
Donc elle peut être un stimulant pour l’éducation, la réflexion, voire l’introspection. Par contre elle ne donnera pas l’absolution comme le prêtre derrière son moucharabieh. Ni ne réagira émotionnellement. Bref elle n’est pas sacrée même si on la croit divine et omnisciente et si on lui demande de l’être. Il lui manque pour cela l’inspiration et l’expérience vécue qui ouvre à la compassion.
Pages 8 et 9 « Elle n’ouvre donc pas au sacré même si elle frappe l’intelligence »
L’imago Dei se forme en nous. Le sacré nous saisit, nous transcende, nous illumine ou nous terrifie. Il ne vient pas répondre à nos Moïse qui l’a rencontré dans le buisson ardent en sait quelque chose. L’IA est une sacralité du pauvre et elle n’engage pas, me semble t’il, à prendre des risques comme ceux de la nuit obscure, du dépouillement, de la nudité et de l’extrême humilité. Elle est plus une aide à la performance et assez rarement me semble t’il une incitation à faire l’expérience du non pouvoir.
Page 11 « La tradition devient interrogeable »
L IA permet de répondre à tout ce que vous avez voulu savoir sur le Christianisme , le Bouddhisme, et la religion de la tarte aux pommes. Tant mieux si la tradition devient interrogeable. Il faut commencer par cela. L’inculture est un fléau.
Page 12 « Une figure traditionnellement reçue dans le recueillement, la prière et l’adresse croyante devient accessible… »
Oui la médiation change. On a moins besoin des prêtres et autres orateurs. Cela ne diminue pas la nécessité du recueillement et de l’ascèse pour que la nourriture soit efficace.
Page 13 « L’intériorité cherche de nouveaux appuis »
Bien sûr, dans le brouhaha et l’agitation ambiante c’est nécessaire. Mais cela ne supprimera pas la nécessite de la patience et de la lenteur, vertus peu prisées à notre époque.
« Les interfaces répondent sans délai »
Certes mais ce qui n’est pas acquis par soi même après un travail ne sert à rien, sauf à se faire mousser. Comme vous l’écrivez à la Page 16 : « Il doit vivre ce que la réponse (de la machine) ne peut pas vivre pour lui » Bref le maître mot c’est l’incarnation. Pensons avec tristesse aux psychanalyses trop intellectuelles. L’intégration, l’unité, la vie divine ne mobilisent pas que la fonction pensée.
Le sentiment se pose la question : Quelle est ma responsabilité, ma vocation ?
Page 20 « Le Dieu virtuel »
qui ne fait qu’épouser notre demande, ne peut satisfaire que ceux qui préfèrent rester en état d’enfance.


